Léa

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Au nord du Liban, dans le centre de Tripoli, deux quartiers séparés par une rue et reliés par quelques  escaliers, se livrent une guerre fratricide depuis de nombreuses années.

 

Ce conflit, né lors de la guerre du Liban et de l'occupation syrienne, a laissé des blessures profondes entre ces faubourgs autrefois unis. Ils se sont fracturés entre pro et anti régime syrien sur une ligne confessionnelle : alaouites, dans le quartier de Jabal Mohsen, sunnites dans celui de Bab al Tebbeneh.

 

Léa vient de Beyrouth, elle est chrétienne. Anciennement manager chez Deloitte, elle quitte ce poste prestigieux pour créer, sur la ligne de démarcation entre les deux quartiers, un centre culturel et son association « March ».

Pourquoi cette jeune femme, originaire de Beyrouth et de confession chrétienne, tente-t-elle d’effacer les conflits d’hier pour reconstruire les quartiers détruits et retisser les liens entre ses habitants alaouites et sunnites ? 

 

D’une éducation bourgeoise (grandes écoles -AUB & HEC-, apprentissage du piano, de la danse …), Léa rejette aujourd’hui cet élitisme pour donner un sens à sa vie. En 2011, elle crée l’association MARCH qui lutte contre la censure et promeut l’égalité de toutes les communautés du Liban. C’est en 2015 que MARCH innove en réunissant sur une scène de théâtre la jeune génération de Jabal Mohsen et de Bab al Tebbeneh.

C’est un vrai succès. L’association décide alors d’ouvrir le premier café citoyen, sur la ligne de démarcation. Ce café, baptisé "Kahwetna" est aujourd'hui un lieu de rencontres pour ces jeunes qui ont réussi à accepter et surmonter leurs différences religieuses. Ils ont réalisé qu'ils ont été les marionnettes des politiques et qu’il y avait entre eux davantage de raisons de se rapprocher que de s'opposer. 

C’est avec le même dynamisme que Léa lance en 2016 le projet « Bab el-Dahab » : un vaste projet de réhabilitation du quartier par la rénovation des commerces. 

 

Son entourage s’interroge : comment traiter avec des gens qui ont tenu des armes et qui ont peut-être tué quelqu’un ? Léa décide de ne pas les juger, elle croit profondément que l’être humain peut être amené, dans certaines circonstances à faire beaucoup de choses. Elle part à la rencontre de ces hommes et femmes qui se battaient avant : ils ont des prénoms, des visages, des histoires, ils sont avant toute autre chose des êtres humains à découvrir. 

 

Par le projet « Bab el-Dahab », l’association dispense des formations liées à la construction pour les hommes et au graphisme pour les femmes. Ensemble, ils mettent en oeuvre leurs connaissances pour offrir un nouveau visage à la rue de Syrie, ancienne ligne de démarcation entre Jabal Mohsen et Bab al Tebbeneh.

 

Ce n’est pas seulement des boutiques que l’association rénove, mais également les liens entre tous les habitants, sunnites et alaouites. Elle leur offre un avenir professionnel et social éloigné de toute considération religieuse ou communautaire.

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